Chapitre 22 : Pessimistes Méditations de l'Allemand Bräunstein dans la Solitude de son Appartement Berlinois

Il m'a toujours fallu poser ma pensée sur le papier afin qu'elle apparaisse structurée, d'une quelconque manière ; or il est un exercice complexe qui, bien que ne pouvant pas même être démêlé par la pointe d'un esprit logique et sensationnel, ne pourra du moins pas être abordé par un homme à la nature errante, à l'organisation fragile, à l'esprit logique tordu. Le mot exercice ne convient peut-être d'ailleurs pas : le terme travail, dans le sens d'un quelconque travail de l'esprit, est peut-être mieux adapté ici, surtout si le mot est compris dans son sens étymologique, c'est-à-dire dans son contexte latin où le tripalium était un instrument de torture constitué de trois pieux. Qui, en effet, peut prétendre ne pas être torturé par sa nature humaine ? Je ne le puis du moins pas, et c'est pour cela que ces mots sont ici couchés, non pas pour créer une quelconque réponse ou pour tenter d'offrir le moindre sens à ma vie, qui d'ailleurs n'en a aucun, mais pour m'apaiser. Je ne philosophe pas, j'injecte mon angoisse sous la forme d'encre dans un papier buvard qui comme tant d'autres finira par-dessus la balustrade. Et ce rituel je l'accomplis depuis toujours, reposant la pointe du même stylo chargé de la même encre bleue, assis à la même table de la même terrasse, sur les pages qui elles seules changent. J'y retrouve à chaque fois les mêmes idées, les mêmes thèses, les mêmes conclusions, lorsque deux, trois pages, voire plus, se retrouvent couvertes de ma nerveuse écriture serrée et grossière. Mais ce petit instant, cette brève heure de rédaction dont je n'ai la liberté qu'une fois par semaine, me décharge toutefois des douleurs et des énigmes de l'existence, que viennent encore accentuer les imprévus de ma vie houleuse de trafiquant d'armes : si j'étais moins idiot j'abandonnerais tout, jusqu'à cette splendide vue sur Berlin qui s'étend nue en bas, après ma terrasse, et qui semble m'appeler entre les bouffées de ma cigarette et les gorgées de ce rouge qui imbibe joliment les commissures de mes lèvres. Mais le suicide ne me dit rien, bien que je ne vive maintenant plus que pour ce bref instant hebdomadaire, éphémère. Il est ma seule joie réelle, bien plus encore que les rares nuits sans c½ur où j'ai l'occasion de rendre à la nature ce pour quoi elle m'a finalement créé, parmi les draps noyés d'insomnie, entre les jambes d'une fille de luxe. Heureusement d'ailleurs, car ce genre d'exercice se fait de plus en plus incertain et hasardeux à mon âge : il me reste ce verre de vin salvateur, cette cigarette libératrice, cette vue plongeante amenant mon regard jusqu'aux quartiers du Mitte, et puis la Spree plus loin encore, qui luit parfois le soir quand le soleil est rouge. Mais voilà de bien maigres réconforts, et j'en cherche d'autres tout en sachant que ceux-ci ne me seront probablement accessible que le Styx une fois franchi, car je ne peux quitter mes fonctions, qui sont celles plombant mon existence, sans me faire abattre d'une balle dans le cou quelques jours plus tard ; cela je le sais. Quel fou j'étais, jeune, lorsque je pensais pouvoir combler le Vide : je démarrais mes commerces, je me croyais immortel, vraiment ; et ce fut ainsi que je bâtissais en fait ma propre cage. Je comprends aujourd'hui que rien n'est plus cher dans l'existence que la liberté. Or, être libre, contrairement à ce que tant de pères disent à leurs fils lorsque ceux-ci atteignent l'âge d'étudier, ce n'est pas de pouvoir choisir ce que l'on veut faire de sa vie, mais pouvoir choisir comment l'on veut vivre ; et c'est en cela que nos sociétés sont trompeuses : on nous apprend qu'il faut accomplir, on nous parle de finalité. Une envie de rire me prend lorsque j'entends ce mot : il n'est pas de finalité ; la mort elle-même n'est pas une finalité. Et c'est à présent que mon discours va se rapprocher de celui d'Epicure : il n'est que le bonheur qui puisse offrir un quelconque sens dans cette absence de sens. Kant disait que le bonheur constitue le désir de tout être rationnel ; or je prétends à la raison. Seule la jouissance peut apporter à l'être, elle seule a le pouvoir de justifier l'existence. Si une chose doit donc être justifiée afin de pouvoir être, je devrais me jeter de ce balcon, puisque ma vie n'a rien de celle d'un homme heureux. Mais laissons là les fantasmes : ce vin est bon. Je suis dans la merde. J'envie le père de famille ne touchant que cinq mille euros par mois, étant parvenu à aimer sincèrement une femme et vivant de plaisirs si simples. Il maudit sans aucun doute aussi son existence, mais il ignore tant de la souffrance. A la vérité, je trouve qu'il faudrait pouvoir changer de vie une fois les quarante ans atteints : je commencerais dans la peau d'un enfant des Philippines, en d'autres termes dans la douleur, afin de pouvoir savourer pleinement le simple fait d'avoir à manger à chaque repas lorsque ma vie basculerait dans mon corps actuel. On ne se délecte jamais autant qu'après la privation. Moi, pour prendre plaisir en buvant, je dois investir dans un vin sublime, et encore, mes richesses sont si immenses que je ne goûte même plus la splendeur du trou fait occasionnellement dans mon budget. Le meilleur alcool a la saveur du rien, la nourriture la plus exquise n'aiguise plus mes sens. Je me suis tué moi-même en travaillant ; l'argent m'a tué, le labeur m'a tué, la solitude me tue. Les gâteries de ma femme ne présentent plus une once de passion, je n'ai pas d'enfants, pas d'amis. J'ai tué mes relations humaines dans ma lutte pour le pouvoir, cette finalité que je pensais tant désirer et qui maintenant me tue à son tours, lentement.

William Bräunstein vida son verre tout en se relisant, après avoir posé sa plume. Berlin commençait à scintiller dans le flou du crépuscule urbain. Sa poigne se serra sur la feuille barbouillée, et la réduisit à l'état de boule sans valeur. Entamant sa cent treizième cigarette de la journée, l'homme au cheveux blancs jeta le produit de sa rédaction dans le vent, et le laissa se perdre sur la ville. Peut-être un jour ses écrits resteraient-ils sur la table, mais cela signifierait alors que lui-même serait passé par-dessus la balustrade.

La suite dans le Chapitre 23 : Searching Bräunstein
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# Posted on Saturday, 26 December 2009 at 12:13 PM

Chapitre 21 : Le Seigneur des Lamas

Bruxelles, Belgique, 9h16 heure locale, 24/08/2031 :

Marco boitait comme un porc, et ça lui cassait franchement les couilles. Ce pédé de guerrier africain au javelot hérissé de piquots lui avait dégommé la guibolle, et d'après les médecins, les séquelles occasionnées par ce dard à la con resteraient à vie, bien que leurs effets sur la démarche du Seigneur des lamas perdraient vite de leur ampleur...
Marco déambulait, paumé, dans les couloirs des vastes bâtiments de l'OTAN, à la recherche du centre de communication, où, lui avait-on dit à sa sortie du centre médical, un message de ses supérieurs à l'ONU l'attendait, ce qui n'annonçait rien de bon. Le général Temprano demanda son chemin à quelques fonctionnaires impeccables hântant les couloirs, se perdit une troisimème fois, puis tomba enfin sur une pancarte indiquant la direction à prendre pour la salle de communication qu'il atteignit quelques volées de marches et couloirs plus loin.
On le laissa entrer dans l'immense pièce après qu'il eût décliné son identité, et il fut conduit entre les bureaux où secrétaires affairés et fonctionnaires débordés semblaient vouloir éclater leur clavier en y écrasant leurs doigts caleux et crispés. On levait à peine la tête, et on ne saluait pas.
Le jeune homme conduisant Marco s'arrêta soudain à côté d'un bureau entièrement recouvert de post-it, de documents à l'épaisseur angoissante et de feuilles éparses chiffonées, activa l'imprimante y trônant puis fit sortir l'ordi de son mode veille. Deux feuillets noircis furent vite expédiés de l'appareil, sur lesquels on pouvait voir les signatures apposées de ses nombreux suppérieurs en bas de page, alingnées dans l'ordre hiérarchique. Le secrétaire tendit les deux formats A4 au général, puis disparut sans un mot dans la clameur des claviers martyrisés.
C'étaient deux pages d'ambages, de circonlocutions sans le moindre intérêt, ayant pour seul et unique but de lui annoncer qu'il était démis de ses fonctions pour son manque de professionalisme sur le champ de bataille de Zambie, ainsi que pour la complication des affaires diplomatiques en Afrique ne permettant plus un tel laxisme dans la tenue des troupes, et... bref, des conneries. Marco déchira les deux feuillets. La seule information utile qu'il ait retenue était que six mille euros continueraient de lui être versés tous les mois en compensation, et ce pour une durée indéterminée pouvant aller jusqu'à trois ans. La vie était belle. Ça faisait déjà quelques années que ses supérieurs lui broutaient la raie, et cette surprise presque inconcevable arrivait à point nommé : ses potes l'attendaient! Mais qu'un officier aussi haut gradé que lui soit renvoyé sans autre forme de procès signifiait que les affaires de l'ONU étaient troublées par quelque événement majeur, ce qui n'avait jamais été bon signe pour le monde par le passé... Marco ne savait pas encore à quel point.
Marco quitta le bâtiment en sifflotant et s'avança à travers la grande cours de béton à l'extérieur. Le ciel était d'un bleu pur et tout à fait immaculé, et il commençait déjà à faire chaud. Une hirondelle passa.
On lui ouvrit les grilles sans lui poser la moindre question, et une fois sur le trottoir, Marco sortit son portable pour appeler un taxi. Il allait retrouver les autres salaupiauds qui lui lui avaient foutu un vent, et participerait à leur mission qu'ils le veuillent ou non.
- Déposez moi à la location de véhicules la plus proche, s'il vous plaît...
Les seuls mots que prononca le taximan furent le prix de la course lorsque Marco quitta l'habitacle, et la vieille voiture crapoteuse à la peinture jaune délavée redémara dans un petit nuage noir dès que les dix euros furent empochés et la portière fermée.
Marco avait eut la grande intelligence de placer un émetteur dans les vêtements d'Etienne, prévoyant que le groupe des agents voudrait à tout prix récupérer son anonymat et disparaître sans lui... Sachant depuis toujours que la tendance d'Eti n'avais jamais été de changer de fringues avec régularité, Marco avait misé sur sa personne en espérant que la puce le conduirait directement jusqu'au lieu de cachette et ne se perdrait pas en route.
Dès que Marco entra en possession de sa petite voiture de location à la couleur bleue, il alla se garer non loin et brancha la batterie de son ordinateur portable dans l'allume-cigare. Tapotant sur son clavier durant quelques secondes, il lança une pléthore de programmes qui tous affichèrent loading un bref instant. Une carte de Belgique apparut soudain sur l'écran, et au sud-est du pays se mit à clignoter un minuscule point rouge, en plein c½ur des Fagnes.
- Mais qu'est-ce que ces cons vont foutre à Spa?
La question n'occupa pas l'esprit de Marco très longtemps : encore probablement un trip d'Etim, ce duo infernal qui déjà dans sa jeunesse... mais ne nous égarons pas.
Marco alla faire un plein et démarra : il en avait pour un peu plus d'une heure de route.
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Copenhague, Danemark, 9h40 heure locale :

Lorsque Camille W. entra dans le spacieux lieu de travail du candidat à la chancellerie européenne, Frédéric G., les premiers sons qui lui parvinrent furent les notes aigues qu'émettait une jeune chinoise en colère dans son dialecte complexe, tout en rassemblant les documents traînant éparpillés sur le bureau du politicien danois. Frédéric semblait répondre aux véhémentes imprécations de la jeune femme avec une sécheresse qui attisait encore sa fureur et faisait rougir ses pommettes bronzées ; mais même en parlant chinois, Fred gardait l'accent violement français qui déjà le caractérisait lors de ses conversations en anglais, et qui à présent ôtait de leur prestige à ses arguments accompagnés de grands gestes de la main.
Camille resta en retrait derrière l'écran de bambous élancés, dont les feuilles en mouvements dessinaient d'éphémères sillons à la surface des bassins, où nageaient sereinement les bancs de poissons argentés que Fred nourrissait tous les matins, avec amour.
Les talons de l'asiatique claquèrent sur le dallage de marbre noir lorsqu'elle descendit la volée de marches surélevant le bureau du politicien, et ce fut à peine si ses yeux, noirs de haine, se posèrent sur Camille avant qu'elle ne quitte la vaste voûte, laissant derrière une atmosphère tendue malgré la déco zen.
- Salope!!! hurla Fred en levant les poings ; je baise ton connard de père vendeur de tofu dans un bordel pékinnois! Je pisse dans la bouche de tes pédérastes d'ancêtres!
Puis il se rassit soudain et se mit à chantonner « Changes », de David Bowie, d'une voix enrouée, en faisant tournoyer son fauteuil à roulettes tout en dénouant le n½ud de sa cravate.
Ce fut à cet instant que Camille décida de faire son apparition. Ses souples enjambées la menèrent jusqu'au petit sentier de pierre, entre les deux bassins, et les bruits de pas alertèrent Fred qui interrompit son interprétation pour poser son regard un peu fou sur la personne s'anvançant vers lui. Un vaste sourire étira ses lèvres désechées lorsqu'il reconnut sa très chère amie :
- Camille!
- Fredouille!
Le politicien descendit de son perchoir en sautillant gaiment pour aller embrasser son amie. Il se dressa sur la pointe des pieds et alla coller sur sa joue une bise humide, dont l'écho strident se répercuta entre les colones d'acier, faisant sursauter les poissons dont les écailles se hérissèrent. Camille s'essuya la joue du revers de la manche, un sourire figé sur les lèvres.
- Je suis content de te revoir, Cam. Ça faisait longtemps! Comment vas-tu? Viens, montons nous asseoir!
- Ça va bien, très bien même!
- Les affaires et tout?...
- Nickel.
- Et la famille? Ça va la famille?
- Bien aussi...
Les deux amis s'assirent dans les vastes fauteuils du promontoire.
- Et ton chat? Comment y s'appelait encore?...
- Fred...
- Fred?! Vraiment?!
- Fred... je suis pas ici pour ça...
- Ah! Oui... pardon...
Le danois sortit deux verres à vin de son placard et les remplit d'un beau rosé qui sintilla dans la clarté matinale de ce magnifique mois d'août, que laissait pénétrer l'ample baie vitrée en bout de salle. Frédéric tendit le premier à Camille, tout en buvant un gorgée du sien, puis s'étendit sur le dossier de son fauteuil :
- Tu te doutes bien que j'ai une tâche particulièrement délicate à te confier, puisque je fais appel à tes compétences au tarif... généreux. Mes affaires en Chine vont mal, Camille ; les patrons des industries chinoises d'Afrique me mettent une pression démesurée, et je sens qu'ils me préparent un coup dans le dos, surtout ce salopard de Piao Liong... Je ne vais pas agir maintenant : j'attends d'être sûr de la situation, mais j'aimerais que tu te tiennes prête. Je sais que tu n'es pas au courant de mes affaires en Chine : je te recontacterai d'ici peu pour t'informer de tout. Reste à Copenhague pour les deux semaines qui viennent...
Camille huma le fin bouquet du rosé, fit jouer le cristal du vaste verre dans la clarté matinale, puis laissa tourner sur sa langue une lampée sciemment calculée du breuvage. Elle leva son regard critique au plafond durant un bref instant avant de répondre à Fred :
- J'y suis pour un mois, Fred. C'est parfait, donc... faisons comme ça! Je vais juste devoir te demader un petit acompte de trente mille euros...
Fred sortit un stylo d'ivoire de la poche de sa veste et signa le chèque, après y avoir apposé de sa délicate écriture l'équivalent d'une année de salaire pour l'européen moyen. Il tendit le feuillet à Camille, qui lui adressa un beau sourire en guise de remerciement :
- C'est pour mes quelques frais de matériel informatique... et je veux bien un autre verre de vin aussi.
- Bien sûr!
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Proximité : Spa, 10h40 heure locale :

Victoria et Agathe, une fois encore, et malgré les très nombreuses soirées où ce type de scène avait heurté leur globe occulaire, observaient avec circonspection le groupe des mâles fumer des pétards en jouant au Call of Duty : Modern Warfare 8, sur l'acienne Playstation 6 qu'Etienne avait resortie d'une caisse à la cave.
A travers l'épais nuage de fumée enrobant ce spectacle incroyable, des ombres fugaces bougeaient. Aux deux femmes parvenaient les échos virils et caverneux des cris guerriers qu'Etienne poussait à chaque fois que Timothée lui faisait la peau à coups de bouclier, ou à la mitrailleuse. Un écran de brume odorante et statique séparait le monde où étaient allés s'enfermer les agents de la réalité. Antonio et Romain poussaient des wakawaks stridents en background, et semblaient prendre un plaisir tout particulier à se pincer les tétons, tandis que Riki et Alex enchaînaient soufflette sur soufflette au pied de l'imposant narguilé à la tête rougoyante, dans le c½ur duquel se mêlait beuh et tabac mentholé. Thomas et Valérian, à trois mètres du gigantesque écran d'Eti, avaient du mal à voir leurs ennemis tant la fumée était dense et épaisse dans la salle. Marc s'en faisait un petit, en solitaire sur le canapé. Mais tout ceci... n'avait aucun sens.
Une agitation sporadique secouait le groupe de mecs défoncés lorsque l'un des leurs crapoutait avec violence, et de temps à autres, Alexandre disait un truc comme : « putain je suis sur Mars là! ».
Mais ce calme approximatif ne dura point : un corps-à-corps d'une grande violence débuta lorsque Timothée se tourna vers Romain pour lui dire : « fatal » sur un ton provocateur... Le combat singulier tourna à la mêlée générale en quelques secondes ; l'écran géant fut déchiré de long en large durant la bataille, alors que la bande de défoncés s'éclatait mollement à coups de coussins, dont les plumes se répandirent en tous sens pour verser encore dans l'onirique de la situation.
Le groupe se divisa en deux camps : les partisans de Tim, et ceux de Romain. Ils se construisirent des fortifications aux deux extrêmes du salon, tout en communiquant par des cris d'australopithèque n'exprimant que des idées simples, parfaitement incapables d'implicite dans leur état présent.
La tension était grande dans les bunkers bâtis en matelas et coussins ; les yeux plissés et vicieux de Tim quand il a fumé comme un pompier scrutaient le champ de bataille avec sérieux et professionalisme. L'état de guerre totale se perpétua, et de temps en temps volait une bouteille de vodka vide d'un camp à l'autre pour aller se claquer sur le parquet, provoquant de virulentes cacophonies de « crapoute! ». De nouvelles armes perverses se développaient dans les deux camps : Valérian vomit par exemple dans un sac qu'il referma avant de s'en servir comme grenade à fragmentation. Le classique des bouteilles d'urine fut bien entendu au programme.
Aux côtés de Vicky et d'Agathe, Khang siroptait une eau plate en observant le champ de bataille, assis à la table de la cuisine adjacente :
- Ils sont vraiment dans leur univers là...
- Ouais, dit Agathe, c'est vraiment des cons ! Quelle jeunesse décadente !
- Tu l'as déjà dit cinq fois ça, Agathe, lui fit remarquer Vicky.
Il était presque onze heures du matin, et les deux filles attendaient en la compagnie de Khang le petit déjeuner qu'Andréas leur préparait.
La maison d'Etienne était vaste et richement décorée de meubles designs, sur lesquels trônaient de petite statuettes entre les piles de livre de SF (parmi lesquels on comptait tragiquement des merdes comme « Tara Duncan »). Quelques vastes toiles d'art contemporain ornaient les murs, et la cuisine était gigantesque, aménagée selon la dernière mode américaine. La bâtisse, sur deux étages, n'offrait au premier rien de plus que de vastes chambres à coucher décorées avec goût et sobriété, ainsi qu'une salle de bain dont le centre était occupé par un immense jacuzzi. Le salon, la plus grande salle de la maison, s'était quant à lui transformé en un terrible champ de bataille, où les intérêts énormes qui s'y jouaient échappaient totalement aux autres, prenant leur petit déjeuner : Beuhland était en état de guerre, et seul un miracle pourrait sauver ses habitant d'un conflit à grande échelle...
La sonnette retentit soudain et fit se dresser la tête des quatre agents sobres qui faillirent renverser leur café tant la surprise fut grande : aucune visite n'était attendue ; Etienne était officiellement mort.
Les regards s'entrecroisèrent, et un accord tacite fut fait en quelques secondes. Tous les quatre s'emparèrent de leur revolver et allèrent se postionner à genoux devant la porte d'entrée. Agathe s'avança lentement et ouvrit celle-ci d'un seul coup tout en se rabattant vivement sur le côté. Marco faillit faire un infarctus lorsqu'il se retrouva nez-à-nez avec quatre gros desert-eagle limite enfoncés dans ses narines de lamas. Il leva ses mains tremblantes tandis que ses pupilles se dilataient. Son c½ur battait si fort qu'on pouvait observer le faible soulevement de sa cage thoracique même sous l'épaisseur de sa veste de cuir noir :
- C'est... c'est moi ! Marco ! balbutia-t-il.
Les quatres occupants de la bâtisse soufflèrent bruyament, expulsant du même fait l'anxiété soudaine qui avait interrompu leur petit déjeuner.
- Rentre ! lui intima Agathe une fois que tous eurent rabaissé leur revolver ; y a du café .
Le Seigneur de lamas s'essuya les sabots sur le paillasson avant de faire son entrée dans le hall. Tous s'étaient déjà rassis lorsqu'il pénétra dans la cuisine, et Khang soufflait sur la vapeur de son café tandis que Vicky achevais, le visage emprunt d'une avenante bonhomie, un yaourt nature qu'elle ignorait périmé depuis une semaine.
- Où sont les autres ? demanda Marco en jetant quelques rapides coups d'½il dans la cuisine...
Ce fut alors qu'un tonitruant crapoute ! fit soudain écho à un bruit de verre brisé et à quelques éclats de rire abrutissant d'Antonio, eux-même accompagnés d'un beau renvoi aux sonorités ondulées. Tous parvinrent du salon jusqu'aux oreilles dressées de Marco.
- Dans le salon..., fit Khang tout en accompagnant ses propos d'une moue dégoutée, alors que de nouveaux rots faisaient vibrer l'air calme du matin.
- Oh ! non ! Ne me dis pas que...
- Si, répondit Khang à Marco ; Etienne avait un stock de cent grammes dans sa chambre à l'étage...
- Comment ça avait ? demanda Marco tout en appréhendant une fort cruelle réponse.
- Tu sais bien...
- Mais pourquoi est-ce qu'ils commencent leur soirée à onze heures du mat ?!
- Ben, en fait la soirée n'est pas terminée, lui expliqua Vicky ; ils sont comme ça depuis plus ou moins douze heures...
Le Seigneur des lamas se précipita en galopant dans le salon, et se jeta à genoux lorsque le tableau pathétique qu'offraient ses camarades explosés à sa vue lui fut entièrement révélé. « Nooooon ! » En quelques secondes d'observation à travers l'épais nuage de fumée odorante qui enrobait le champ de bataille, Marco comprit qu'un événement d'une gravité immense s'était déroulé : Beuhland était en guerre.
- Oh ! non...
- Qu'y a-t-il Marco ? se préoccupa Agathe.
- Je dois agir, répondit celui-ci d'une voix enrouée...
- Quoi ? Comment ça, mon grand ? Viens prendre un café, va !
Un joint vola soudain hors du nuage de fumée, en tournoyant dans un éclat mystique, et roula jusque devant Marco, accompagné d'une petite musique d'église. Une voix caverneuse se fit soudain entendre dans l'esprit du Seigneur des lamas, entre les saccatos des trompettes divines : « Marco... Marco... C'est Burnux qui te parle... Je te confie cette arme ultime afin que tu ailles rétablir la Paix à Beuhland ! Tel est ton Destin, Seigneur des Lamas !! Obéis !!! »
- Oui, ô grand Burnux !
- Tu dis quoi, Marco ?
Le Seigneur des lamas retira sa veste, puis sortit son briquet avant de se mettre à tirer des tafs de Dieu le Père sur le pétard mystique, qui souleva une brume épaisse à travers les éclats orangés du matin, colorant les faisseaux blafards de la lumière filtrant à travers les feuillages de doux duvet vert qui entouraient la maison. En quelques secondes d'inhalation intensive, le Seigneur des lamas sentit que son encéphale était partit faire quelques longeurs de crawl dans la piscine d'éther des abords du Styx, aux frontières de l'Hadès, sous une jolie pluie battante de chloroforme écarlate...
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Beuhland, Plaine des Flanipuches roux, heure : rien à foutre (heure locale) :

La Plaine des Flanipuches roux était calme après cette nuit de bataille. Les cris stridents de quelques burneurs blessés résonnaient dans l'épaisse fumée qui stagnait au dessus de l'étendue herbeuse, accompagnés par ceux des flanipuches éventrés dans la luzerne verdoyante. De vastes plumes volaient dans l'air vicié mais pourtant si doux, alors que les deux camps s'étaient enfin séparés après une nuit de combats meurtriers.
Mais déjà, les deux généraux, Etim, préparaient une nouvelle attaque surprise pour renverser les positions ennemies de Romain Roi du joint. Obiwan Kenobeuh et La Faucheuse, dans leur tente privée où étaient accumulés maints plants de cannabis, étaient penchés sur une carte et tentaient de se concentrer afin d'échafauder un plan machiavélique.
- Je propose d'envoyer une charge de flanipuches drogués sur le flanc droit de leurs fortifications, tout en catapultant nos bouteilles de vodka remplies d'urine sur leur tentes, afin d'affecter le moral des troupes adverses, dit La Faucheuse avant de se faire un sale sous-marin bien crapuleux dans la capuche de sa robe de bure noire.
- Mais t'es totalement conne ou quoi, Faucheuse ?! s'exclama Kenobeuh ; le flanc droit c'est là qu'ils ont positionné leurs zippos géants : cela signifierait la perte de la moitié de nos effectifs, grosse débile !
- Ouais, mais si on arrive à prendre la muraille droite, on pourra sans peine verser des cendres brûlantes sur leurs troupes désemparées ! On a au moins vingt cendars remplis !
- Mmm... j'me tâte, ma grande... Si j'accepte ton plan, tu me fais quoi ce soir, Faucheuse ?
- Kenobeuh ! Voyons ! Arrêtes de penser qu'à ta trompe ! Appelons nos fidèles conseillés... Tominours ! Frère Tousse !
Un petit bonhomme roux vêtu de vert entra dans la tente en boitant piteusement, suivit par un moine avec une coupe de métalleux et une grosse barbe:
- Oui, ô grande Faucheuse, dont la faux sintille sous la lune d'argent et dont...
- Passons les formalités, veux-tu, farfadet, lui ordonna la créature vêtue de noir ; nous avons besoin de tes habiles conseils, mon rouquin...
A l'autre bout de la plaine, au sein même des palissades de Romain Roi du joint, le même type plans se préparait dans le pavillon central. Romain avait un peu l'air con, sa grosse couronne ourlée de velour écarlate de travers sur le lit désordonné de ses cheveux bordéliques, les yeux pleins de petits vaisseaux sanguins explosés. Riki, un gros casque de fer sur la tronche, ingurgitait de la bière dans sa grande corne de taureau et interrompait de temps à autres la discussion stratégique de Valère et Tony par un lourd renvoi.
- Mais ta mère la juge, Valère ! gueulait Antonio ; nique des moines !
- Je te dis qu'y faut attaquer maintenant, grosse gonade ! C'est la seule solution !
- Bon, fermez vos gueules ! beugla soudain Ricardo en tapant sa chopine sur la table ; laissons le Roi prendre une décision stratégique, sinon ça va être trop le bordel ! Qu'en penses-tu, Romain ?
- Je pense que cette connasse de Faucheuse c'est foutue de ma gueule ! répondit celui-ci en redressant sa couronne ; donc on chevauche nos flanipuches de combat, et on bourre dans le tas comme des tarés ! Maintenant !
Riki se leva, quitta la tente et sonna le cor de rassemblement des troupes. Les armées du roi Romain se groupèrent en régiments pour l'inspection. Rom sortit à son tours de la tente et entama son discours :
- Beaucoup d'entre vous n'aurons plus le plaisir de consommer des sucettes dans cette vie, soldats. Les troupes de la Faucheuse et du traître Obiwan Kenobeuh nous attendent de l'autre côté de cette plaine, et nous devons frapper maintenant, avec force et détermination, sans quoi nous savons que La Faucheuse s'appropriera toute la beuh de Beuhland, et se fumera tout pour elle sans paratager avec personne, cette salope ! La seule solution est le combat ! A la charge, mes frères !! Lavons l'affront qui a été fait à ma personne dans le sang !!!
De grandes acclamations s'élevèrent dans les rangs, et un à un, les régiments de burneurs fanatiques quittèrent l'enceinte par la porte principale. Antonio, Riki et Valère enfourchèrent leur flanipuches de guerre et escortèrent le roi, tous trois armés d'une grande lance au bout de laquelle flottait un étendard brodé de la feuille de cannabis. Les troupes du roi Romain s'avançèrent dans la plaine.
Au même instant, les trois mille chevaucheurs de flanipuches d'Obiwan Kenobeuh, accompagnés des six mille fantassins défoncés de La Faucheuse, se lancèrent dans la vaste étendue de luzerne enrobée d'une fumée presque aussi dense que l'eau. La Faucheuse sonna son glas diabolique à l'instant même où Riki soufflait dans le cor, annonçant la charge. Les deux armées allaient entrer en collision frontale : le massacre serait immense, et Beuhland à tout jamais plongé dans le chaos et la guerre...
- Tuez-les tous ! beugla La Faucheuse de sa voix nasillarde tout en faisant tournoyer sa faux.
- Crapoute ! hurla Romain de dégainant son sabre.
Cent mètres séparaient encore les deux armées...
Mais soudain, un faisseaux lumineux éclaira les nuages. Tous les hommes s'arrêtèrent d'un seul coup dans leur course pour observer le phénomène divin. Même La Faucheuse et le roi Romain restèrent stupéfaits. Tout à coup, une ombre immense parcouru le ciel orageux :
- Un lama ?! s'étonna Ricardo qui avait enlevé son casque pour le caler sous son bras.
En effet, une ombre chinoise un peu foireuse de lama parcourait le ciel. L'animal mystique ouvrit la gueule :
- Mêêêêêêê !!!
Les deux armées restèrent glacées de terreur. Tous les hommes retenaient leur souffle. Une rumeur se fit entendre au loin, comme si des milliers de sabots martelaient la terre... Des milliers de sabots martelaient la terre ! Sur la ligne d'horizon se dessina soudain une longue crête de cous laineux, avec au bout une petite tête avec de grandes oreilles et un air conplètement con... Des milliers de lamas s'engouffrèrent entre les deux armées, au galop, tout en poussant d'insupportables braillements au infâmes sonorité gutturales. Les hommes se pressaient les mains sur les oreilles.
Toutes les bêtes cessèrent soudain de se mouvoir une fois les deux armées séparées par une grosse bande de créatures laineuses. Au milieu du rassemblement de lamas se forma soudain un petit cercle vide, au milieu duquel se dressa un lama plus haut que les autres. Sur le dos de celui-ci se tenait un mec vêtu seulement d'un slip en peau de lama orange, fièrement dressé, les mains sur les hanches.
- Mêêêêê ! Mêê ! Mêê ! fit l'homme.
- Putain mais c'est qui ce boulet ? murmura Kenobeuh à l'oreille de La Faucheuse.
Tous les lamas s'inclinèrent d'un seul coup en baissant respectueusement la tête, à l'exception de quelques uns qui crachèrent de petite fontaines autour de l'homme en peau de bête, dont les cheveux noirs ondulaient dans le vent :
- Je suis le Seigneur des lamas, fit-il ; envoyé par Burnux pour rétablir la paix à Beuhland !
- Ecoute... c'est sympa d'essayer, mec, lui cria Romain du haut de son flanipuche caparaçonné ; mais là on a juste envie de se foutre sur la gueule un bon coup, donc casse toi. Y a rien à faire... On va s'exploser de toute façon...
Le roi Romain fut soudain interrompu : la vaste meute de lamas grognait frénétiquement en se foutant de la bave partout.
- Mêê !! fit le seigneur des lamas en levant la main droite, ordonnant aux animaux de cesser. Dites moi quelle est la source de ce conflit idiot, toi Faucheuse, Mort des joints, et toi, Roi Romain.
- La Faucheuse a commencé ! débuta Romain ; elle s'est foutue de la gueule de mon vocabulaire parce que je connaissais pas le mot fatidique ! Elle a prit ça comme prétexte pour me déclarer la guerre et s'approprier toute la beuh rien que pour elle !
- Même pas vrai ! gémit La Faucheuse en cachant son visage sous sa capuche.
- Si, salope !
Le Seigneur des lamas se claqua la main sur la tronche :
- Fermez vos gueules ! Faucheuse, qu'as-tu à dire pour ta défense ?
- C'est lui qu'a commencé !
« Mêêêê ! » firent les lamas en c½ur.
- Mêê mêêêê ? leur demanda leur Seigneur.
- Mêêêêê ! Mêêêê !
- Mes lamas me disent que tu mens, Faucheuse. Dis moi la vérité.
- C'est la véri...
- Mêêêêê !!!
- Bon... j'avoue, dit La Mort des joints en jouant maladroitement avec sa grande faux ; le Roi Romain dit vrai. Mais si j'ai fait ça, c'est parce qu'il surtaxe les productions de Beuhland, alors que tout le monde sait très bien qu'il offre des purs à toutes ses courtisanes, et qu'il organise des sous-marins géants dans les cathédrales de Joint-Ville, deux fois par semaine !
- Calomnie ! hurla le Roi Romain.
- Mêêêêêêêêê !!! firent les lamas.
- Pas deux fois par semaines !
- Mêêêê !!! Mêêêê !!!
- Bon... mais pas à toutes mes courtisanes !
- Mêêêê !!!
- Vous êtes tous deux en tort ! déclara le Seigneur des lamas ; et de plus, vous êtes prêts à sacrifier la vie de milliers d'homme pour de la beuh !
- Ben ouais, dirent Kenobeuh, La Faucheuse et le Roi à l'unisson.
- Putain... Vous allez faire un compromis ! dit le Seigneur des lamas ; et chacun y mettra du sien pour éviter la guerre. Faucheuse, excuse-toi envers ton Roi, auquel tu dois respect et fidélité.
- Mais va te faire...
Mais avant que La Faucheuse eut terminé sa délicate tournure de phrase, elle était déjà entourée de lamas grognant et montrant leurs crocs putrides.
- D'accord, d'accord... je m'excuse, mon Roi, de m'être foutu de la gueule de Votre médiocre vocabulaire, et je m'engage à ne plus jamais commettre de tels actes compromettant la paix du royaume de Beuhland.
- J'accepte tes excuses, Faucheuse, déclara le Roi Romain.
- Quant à vous, Roi de Beuhland, ajouta le Seigneur des lamas en se trounant vers Romain, vous vous engagez à réduire les taxes sur la production de beuh à Beuhland de 70%, et à ce que vos sous-marins géants soient ouverts au grand public dans les églises consacrées à Burnux.
Le Roi jeta un rapide regard angoissé vers les lamas en train d'aiguiser leur sabots sur des pierres. D'autres cassaient des cailloux entre leurs crocs...
- Je m'y engage, dit Romain.
Soudain, les lamas se levèrent sur leurs pattes arrières et se mirent à exécuter des danses péruviennes en claquant des sabots. De petites fontaines crachées par les lamas brillèrent dans le soleil illuminant le ciel à présent dégagé. Tous les burneurs sortirent leurs pétards et se mirent à les faire passer dans les rangs en chantant des chansons paillardes. Beuhland était à nouveau en paix ! Le paradis avait été sauvé !!! Kenobeuh, Riki, Frère Tousse, Valère, La Faucheuse, le Seigneur de lamas, Tony, Marc, Tominours, et Romain roi du joint se couchèrent dans l'herbe en faisant tourner deux trois purs, et s'endormirent avec un feeling de totale ataraxie, ainsi que de totale ataxie, dans les touffes de luzerne Beuhlandaise, et dans la douce fourrure des lamas.
La suite dans le Chapitre 22 : Pessimistes Méditations de l'Allemend Bräunstein dans la Solitude de son Appartement Berlinois

(Avez-vous noté la profondeur des dialogues dans ce Chapitre 21 ? Je crois qu'il y a moyen de faire un bon commentaire composé : I) La fureur des lamas II) Marco, une figure charismatique III) Mise en évidence des bienfaits de la beuh. Je vous laisse trouver les sous-parties...)














# Posted on Tuesday, 15 December 2009 at 4:13 PM

Edited on Sunday, 27 December 2009 at 7:33 AM

Chapitre 20 : Glasgow Kiss et Bouddha

Bruxelles, Belgique, 07h30 heure locale, 23/08/2031 :

Le réveil retentit bruyamment dans la chambre qu'occupait Agathe, avant de se voir projeté au travers de la pièce pour aller s'éclater contre une reproduction pourrie d'un Monet coloré. La femme se redressa sur son séant et bailla, s'étira, avant de rabattre sa couette sur le côté pour aller s'habiller. Elle fit sa toilette soigneusement, allant même jusqu'à passer quelques coups de brosses dans sa délicate chevelure, puis quitta sa chambre, après quelques minutes de préparation, pour aller remettre ses clefs à l'accueil, où les éléments mâles de l'équipe avaient tant de fois demandé: "pourrions-nous employer vos toilettes, s'il vous plaît?".
Les agents s'étaient donné rendez-vous dans un petit café tout proche aux alentours de huit heures afin de se briefer pour la journée et, de manière plus générale, pour bouffer un croissant. Lorsqu'Agathe arriva, tout le groupe était déjà rassemblé sur la terrasse de l'établissement et faisait la commande à une jolie petite serveuse aux cheveux noués en queue de cheval.
- Tu prends quoi, Agato? la héla Romain alors qu'elle traversait encore la place dallée.
- Café, parvint-elle à formuler.
Ils se laissèrent le temps de boire leur breuvage à petites gorgées, et prirent la peine de bien mastiquer tout en lisant le journal (ou un torchon style l'actualité sportive dans le cas d'Antonio et Andréas), les jambes croisées et dans une tranquillité qui ne leur avait été accessible qu'à l'oasis durant tout ce mois de mission.
Le petit déjeuner une fois achevé, ce fut Thomas en bout de table qui distribua les tâches au groupe et décida de l'horaire:
- Etienne se chargera d'aller faire brûler l'appartement de Barra, Timothée ira détruire les documents au bureau et le reste d'entre nous ira récupérer le matos nécessaire chez soi. Moi, j'ai un rendez-vous chez le dentiste qui va me mettre deux fausses dents. On se retrouve chez moi à deux heures trente, et à nous les bains de Spa. Soyez prudents, je vous rappelle qu'on veut notre peau. C'est parti!
Sur ces mots, le groupe se divisa en en quelques escouades qui se dirigèrent soit vers la gare centrale, soit aux arrêts de bus les plus proches, et chacun partit ensuite de son côté afin de s'emparer de quelques armes personnelles, de vêtements, et de deux trois liasses de billets. Valérian accompagna Romain jusqu'à son domicile, et les deux hommes conversèrent tout le long du trajet en bus:
- On n'a pas vraiment eut le temps de discuter quand on était en mission, dit Romain; mais quel genre de job est-ce que Andréas, Tony, Riki et toi faisiez pour Bräunstein?
- Ben... Bien sûr on connaissait pas son identité, mais on était devenu ses hommes à tout faire, en fait: on escortait ses chargements d'armes, on éliminait l'une ou l'autre personne qui dérangeait son petit business... Jamais grand-chose, au final. Riki est en fait le seul à avoir une baraque à Bruxelles. Nous on vivait seulement en Arabie. On travaillait surtout au Moyen-Orient, mais on a fait une fois un voyage au Sri Lanka, en 2022... C'est cette fois qu'on devait aller convaincre un parrain local de payer le boss. Andréas m'a dit qu'y vous a raconté l'affaire?
- Oui: la ribambelle de boyaux dans le lustre suite à un petit esclandre au bar, c'est ça?
- Voilà. C'est la seule fois où on a éliminé plus d'une seule personne lors d'une mission. A part ça, on n'a jamais vu Bräunstein. Tout ce qu'on savait de lui c'était qu'il payait bien...
Le bus arriva enfin à l'arrêt le plus proche du domicile de Romain, et les deux agents descendirent pour parcourir à pieds les cinq cents mètres les séparant encore de la luxueuse bâtisse moderne dans laquelle avait investi le belge, et qui se trouvait dans une petite rue perpendiculaire au Boulevard Louis Schmidt.
Au même instant, Ricardo sortait seul du métro à Hermann-Debroux et prit le tram le temps de quelques arrêts afin de se rapprocher de la spacieuse villa qu'il avait achetée quelques années plus tôt. Il marcha encore quelques instants à la sortie des transports en commun et déambula le long de larges rues avant d'arriver en face de son jardin qu'il traversa, un sourire aux lèvres. Le gravier crissa sous ses pas, et il sortit son trousseau de clé pour ouvrir la porte.
Si Ricardo avait acheté une maison détachée, ce n'était pas pour disposer de plus d'espace ainsi que d'un endroit vert et calme où méditer et contempler le vol des hirondelles, mais tout simplement pour pouvoir jouer de la batterie comme un taré sans que les voisins viennent les lui briser. La bâtisse était donc entourée d'une large bande de gazon suivie d'une haie de pins touffus servant d'isolation sonore. La maison en elle-même était assez simple, sur un seul étage et peinte en blanc, et l'on pouvait trouver en son centre une large cours de pierre bleue agrémentée d'une fontaine de cuivre verdi et de quelques arbustes. Le toit était sobrement couvert d'ardoise bleu Roy qui luisaient au soleil de cette matinée d'été. L'intérieur de sa demeure plongeait tout entier dans une atmosphère musicale où les pièces défilaient une à une comme des notes modulées: le salon était jazz, la cuisine hard rock, et sa chambre métal... Cette décoration fallacieuse dissimulait bien la véritable profession de l'agent.
Les gonds bien lustrés glissèrent en silence lorsque Ricardo poussa l'épaisse porte de bois gardant son chez-lui. Il fit quelques pas dans le hall d'entrée, déposa sa veste, puis entra dans le salon afin de se mettre un peu de musique. Après si longtemps, du Metallica s'imposait...
La chanson Seek and Destroy débuta, et Riki se retourna. Une fraction de seconde lui fut laissée pour entrevoir la silhouette faisant ombre dans l'embrasure de la porte. Il eut juste le temps de se laisser tomber à terre, derrière le divan, avant que deux balles n'aillent se ficher dans la tête de Marilyn Monroe, dans son dos.
- C'était un Andy Warhol, enculé!!! hurla Ricardo.
Il rampa sur un mètre puis se redressa et eut juste le temps de se défenestrer, brisant la vitre en une magnifique culbute, pour atterrir dans la cours et se mettre à couvert de la fontaine.
"Seek and Destroy!"
Une nuée de petits plombs vint rebondir sur le métal aux nuances vertes de la fontaine. Une dalle de pierre bleue se fendit net à côté du pied de Riki, et une vitre vola en éclats à l'opposé de la cours. Si Ricardo parvenait à traverser l'étendue de pierre bleue sans se faire abattre, et brisait une fenêtre en face, il aurait accès aux escaliers menant à la cave et pourrait s'armer décemment dans sa réserve... Encore fallait-il ne pas se faire abattre...
"Seek and Destroy"
- Be with me, Burnux!
Sprint jusqu'à la fenêtre; une balle dans la bidoche. "Wazaaaah!!!" beugla-t-il en traversant le carreau double épaisseur de sa salle de répétition. Il rebondit sur le sol carrelé en se cognant la tête partout, la tronche toute griffée par les petits bris de verre.
- Ah! j'ai mal au bidou...
Il contempla sa main tachée de sang:
- Eh! meeerde!
Les vitres éclatèrent en suivant le rythme de la chanson au volume max. Les balles vinrent creuser de petits trous dans la batterie de Riki, dont les cymbales furent pliées et la grosse caisse réduite à l'état de passoire. Toute l'habituelle bonhomie du visage de Ricardo s'envola d'un coup.
- Oh! le fils de pute!
Il descendit les escaliers un peu plus loin, chopa sa mitrailleuse lourde, son lance-grenades, et rien à branler des voisins! C'est que des pédés de bourges! Il balança deux ribambelles de cartouches sur ses épaules, chargea les flingues avec les dents et remonta, s'adressant à son instrument:
- T'en fait pas, ma belle: papa va t'venger!
"Seek and Destroy"
Riki bondit par la fenêtre défoncée quelques secondes plus tôt. Les balles sifflèrent sans le toucher, ou peut-être le touchèrent-elles sans qu'il s'en rende compte. Il traversa la cours à pas lents, rafale sur rafale.
- Ta mère la juge!!!
Tout en lâchant des volées de gros plombs, ce furent les grenades qui s'envolèrent ensuite. Riki visa les fenêtres qui pétèrent en petits morceaux, et les explosions surpassèrent jusqu'à la voix de James: "Seek and Destroy". La sono s'arrêta soudain; un mur s'écroula, et tout un pan de la maison prit feu. Riki incéra le deuxième chargeur dans sa grosse mitrailleuse tandis que le toit croulait en un fatras de tuiles brisées. Toute la section de la bâtisse s'embrasa; plusieurs gerbes d'étincelles firent pétiller l'air terne et gris de la matinée.
Ricardo incérait un troisième lot de cinq grenades dans son arme lorsque l'assassin quitta la maison en flammes avec force hurlements incontrôlés, le textile de ses vêtements se fondant avec sa peau en ébullition, ses cheveux en feu et le dos rougeoyant comme la braise ardente: Riki lui vida son chargeur dans le thorax sans plus de cérémonie.
- Fallait pas niquer ma batterie, sale con.
Ricardo se rendit dans son garage, chargea quelques armes et un peu de pognon dans le coffre, appliqua une compresse sur sa blessure après en avoir extrait la balle, puis démarra et se rendit chez Thomas par le plus court chemin. Les pompiers et les flics ne tarderaient pas. Riki sortit son portable et composa le numéro de Romain. Celui-ci décrocha presque instantanément:
"Alors, quelqu'un t'attendait chez toi aussi, mon gros? dit-il sur un ton joyeux."
- Ouais. Il est mort... J'en conclus qu'on t'a fait la même blague... Tu es parvenu à l'avoir vivant?
Court silence.
"Euh..."
A l'autre bout du fil, au beau milieu de la cuisine de Romain, un homme était embroché au mur par deux katanas et avait une cuillère à soupe plantée dans l'½il gauche.
"... pas vraiment vivant... Mais sa jambe continue de trembler."
- Je vois... Bon, y faut prévenir Alexandre: y doit tout juste être en train d'arriver chez lui. Passe-lui un coup de fil, moi je préviens les autres.
" Ça roule. On se retrouve chez Tominours!"
Sur ces mots, Ricardo raccrocha pour téléphoner aux autres tout en conduisant de la main gauche. Il appuya sur le champignon et dépassa quelques voitures dans son quatre-quatre noir. Il allait faire le ménage chez Thomas avant que celui-ci ne rentre.
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L'appartement d'Alexandre était plongé dans la pénombre lorsque celui-ci en ouvrit la porte, libérant l'odeur infâme du Roquefort qu'il avait oublié sur la table de la cuisine plus d'un mois auparavant, lors de son départ en mission. Il ôta sa veste qu'il pendit au porte-manteau, et se dirigea vers la salle de séjour, lorsque son portable sonna et l'arrêta dans sa course. Il décrocha prestement:
- Allô!... Ah... je vois. Ok... je fais ça et on se retrouve chez Tommy. Pas de soucis. A plus.
Alexandre raccrocha, rasa les murs et glissa dans la cuisine où il ouvrit le frigo. Aussi loin qu'il s'en souvenait, Alex avait toujours gardé un flingue planqué dans son petit Tokiwa, au fond de sa cuisine. Les autres s'étaient longtemps foutu de sa gueule à ce sujet, en lui disant qu'il avait trop regardé "Bourne Identity", mais voilà qu'aujourd'hui ce petit pistolet puant le fromage, la mayo et le sirop de Liège se révèlerait enfin être d'une grande utilité. Le bras cassé d'Alex ne lui faciliterait toutefois pas la tâche, bien qu'il s'agisse du gauche.
Il écarta une botte de radis tout mous et un paquet de salami périmé, puis agrippa le pistolet au manche graissé à la mayo light pour partir à la chasse dans l'appart mal éclairé. Les volets de bois laissaient filtrer quelques minces rubans de lumière entre leurs lattes, colorant timidement les livres d'Histoire traînant sur la table et sur les étagères de sa bibliothèque. Une armure luisait dans un coin, un sabre au mur. Les teintes pâlies des cartes anciennes contrastaient avec les photos de concert, pour au final créer une étrange harmonie entre les antiquités aux âges variés et l'ambiance rock de la salle de séjour. Le petit lustre miroitait dans l'ombre.
Quand Alexandre aperçu un faible mouvement qui fit reluire le canon d'un revoler dans l'obscurité, son premier réflexe fut de se rabattre vivement dans le hall d'entrée. Une rafale de pistolet mitrailleur fit sauter le mur de plâtre et l'armure sonna comme une cloche au fond de la salle.
Bien qu'Alex gagnât tout aussi bien sa vie que le reste des agents, son appartement était bien plus étriqué que celui des autres. Certes, il l'avait acheté dans un quartier résidentiel relativement chic d'Uccle, mais la véritable raison était qu'Alexandre collectionnait toutes sortes d'antiquités à la valeur incroyable, s'achetait des livres sur papier de vélin et aux reliures de cuir datant parfois de plusieurs siècles, et passait tout son temps à voguer de concert en concert, et donc à s'acheter de nombreux billets d'avion. Il repensait parfois avec le sourire au petit gland qui l'avait défié au "qui a vu plus?" quelques années plus tôt, en prétendant être imbattable. L'appartement d'Alex était donc relativement petit: deux portes dans le hall donnaient accès, à gauche, à la cuisine, et à droite, à la salle de bain, qui elle-même était connectée à la chambre à coucher. Le hall s'ouvrait, face à l'entrée, sur un vaste salon salle à manger duquel on pouvait aussi accéder à la chambre.
Alexandre s'engouffra dans la salle de bain, la traversa, et ouvrit la porte de sa chambre à la volée. Ce fut alors qu'il heurta quelque chose de solide qui recula d'un coup, et, avant de comprendre quoique ce soit, il se retrouva nez-à-nez avec l'homme encagoulé et vêtu de noir. Alexandre appuya sur la gâchette, mais l'assassin avait eu le réflexe de soulever le bras pour dévier l'arme. Le coup de feu troua le plafond et Alexandre perdit son arme trop glissante. Comprenant qu'il n'allait pas faire mouche, Alex avait projeté son genou vers l'avant, et il coupa le souffle à son adversaire lorsque celui-ci le reçu dans l'estomac. L'agent s'empressa ensuite de le désarmer d'un puissant coup-de-pied, puis se jeta sur lui de toutes ses forces. Les deux hommes se roulèrent au sol en essayant de se crever les yeux, jusqu'au moment où l'assassin plaça un parfait coup-de-boule dans le nez d'Alexandre qui perdit l'avantage.
La vaste chambre était meublée avec goût: un grand lit double, au centre, était jouxté d'une longue garde-robe aux portes en treillis au style oriental, et de deux jolies tables de chevet, chacune décorée d'une lampe à l'abat-jour de cuir tanné. Face au lit, un grand coffre de bois sculpté se dressait entre les deux portes. Mais pour l'instant, Alex n'en avait strictement rien à branler de la déco: une espèce de gros balaize était en train de lui tordre son bras cassé dans le dos, et rien à part la douleur n'avait d'importance en ce moment.
Alexandre rua de toutes ses forces alors que les os de son épaule commençaient lentement à se dissocier. Son talon atteignit le tibia de l'assassin qui poussa une plainte étouffée et relâcha son emprise. Sa victime en profita pour balancer son crâne vers l'arrière et le nez du tueur éclata en une élégante gerbe de sang, avant que celui-ci ne s'écroule de tout son long sur le lit.

{Note de l'auteur : toutes les opinions relatées dans le paragraphe suivant ne sont pas partagées par l'auteur de cet ouvrage, ni par les héros de cette histoire. Les personnes pouvant être choquées par certains propos misogynes et dégradants pour la gente féminine sont donc priés de sauter ce paragraphe susceptible de heurter aussi bien leurs convictions et leur sens moral que l'idée qu'elles se font de l'homme en général, et plus particulièrement de l'auteur de cet ouvrage. C'était juste pour le fun! Merci. R.K.}

La dernière fille avec laquelle Alexandre s'était installé, bien que tout se déroulât à merveille au début, était une salope de première. Elle ne respectait non seulement pas ses goûts pour la Culture, l'art et le métal, mais avait aussi mal à la tête tous les soirs... Elle lui cassait de plus les burnes pour qu'il achetât des putains de légumes bio, remplissait son frigo de saloperies lights, et claquait un fric dingue en produits bizarres pour se peinturlurer la tronche, pour teindre ses cheveux et pour avoir une peau bien hydratée, tout ça pour calmer une peur complètement conne de la mort: Alex avait survécu à des dizaines de combats à un contre cinq, et c'était pas un putain de légume transgénique ou un peu de cette connerie d'huile de palme hydrogénée dans les artères qui allait lui faire la peau, merde! C'était d'ailleurs à cause de sa chiasse de mayo light qui avait dégouliné sur le flingue qu'Alex avait perdu son arme. De plus, cette connasse lui avait piqué un ouvrage valant une petite fortune en le quittant, sans la moindre raison! Cette salope qui savait à peine lire lui avait piqué du Descartes: mais qu'elle aille se faire mettre! Le Discours de la Méthode, relié cuir, vélin supérieur, 1827! Si encore elle avait accepté de baisser stoïquement son froc deux fois par semaine, leur relation aurait encore pu être constructive... Mais rien du tout! Madame n'a plus d'aspirine! En plus elle s'était acharnée à se retaper toute la déco de l'appart, sans lui demander son avis, et en imposant ses goûts de chiotte partout. Dès son départ, Alex s'était amusé à péter ses porcelaines contre le mur en écoutant du hard rock. Elle avait acheté plein de trucs de déco que n'importe qui aurait pu surpasser en chiant sur une toile, avec sa carte de banque, et avait repeint la salle de bain en rose alors qu'Alex était en voyage. Et puis on dira encore que les hommes sont des salauds, et nanana, et nanana, alors c'est nous qu'on se fait mettre par tous les trous alors que c'était pas l'idée au départ! Et elles parviendront encore à faire valoir des saloperies de lois genre discrimination positive pour nous le flanquer dans le marc! Aristote était un mec bien! Voilà!
Bref, pour conclure, l'ex d'Alex avait des goûts de merde. Mais, à cet instant très précis, au c½ur du combat, au beau milieu de cette lutte acharnée où sueur et sang se mêlaient, Alexandre partageait grandement son intérêt tout particulier pour les objets lourds, portatifs et contondants, tel le magnifique Bouddha de marbre doré de quarante-cinq centimètres de haut trônant sur le coffre, qu'elle lui avait offert pour son dernier anniversaire...
Surmontant la douleur qui lui déchirait l'épaule gauche, Alex chopa le Bouddha à deux mains sous les dessous de bras, et le jeta de toutes ses forces sur l'assassin qui esquissait déjà un mouvement de contre-attaque. La statue de marbre atterrit en pleine tête du tueur dont la boîte crânienne explosa comme une vieille pastèque gorgée d'eau, et éclaboussa les murs et les draps de lit dans un très net bruit de ballon se dégonflant.
Alexandre se rendit à la cuisine, vomit dans l'évier, puis se servit un grand verre de vodka d'une main tremblante qu'il avala en deux gorgées. Ce ne fut que lorsqu'il fut remit, quelques minutes plus tard, qu'il se dirigea vers sa bibliothèque et souleva De l'esprit des lois. Tout un pan de sa collection de bibliophile s'ouvrit comme une porte, et quelques tubes à néon s'allumèrent dans la réserve secrète. Tout comme Ricardo, Alexandre prit argent et armes, puis s'en fut en toute hâte chez Thomas.
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Bruxelles, Belgique, 19h12 heure locale, 23/08/2031 :

La petite musique pourrie d'ascenseur, cinquante pourcents maracas, cinquante pourcents xylophone, cessa soudain pour laisser place au crissement métallique des vieilles portes datant des années 2010, et Victoria quitta la cage en sautillant joyeusement: elle était chez elle! Le cri denté de la serrure lui parut presque musical lorsqu'elle y enfonça la clef, les teintes du couloir perdirent leur habituelle tristesse pour devenir plus rayonnantes encore que le ciel d'Ombrie. C'est lorsqu'on retourne chez soi après longtemps que l'on comprend la saveur que peut avoir la routine.
La porte glissa sans grincer, laissant la modeste silhouette de Victoria se dessiner sur la moquette de l'entrée. Elle pendit son manteau d'un geste à la nonchalance typiquement féminine, puis s'avança dans le salon où elle alluma son halogène économique.
"SURPRISE!!!"
Elle eut du mal à y croire. La vision cauchemardesque qui s'offrit à ses yeux la laissa sans voix et dans un état de traumatisme, de désespoir profond. Toute la gaité qu'elle avait éprouvé jusqu'alors s'envola, sa joie de vivre, son bonheur de participer à la diversité de ce monde, son sourire: Etienne fumait un joint dans son divan, et tous les agents étaient rassemblés dans le salon, en train de chipoter à ses trophées de trapèze volant.
- Mais qu'est c'que vous foutez iciii!!! La voix suraiguë de Victoria perça les tympans des agents.
Les yeux plissés d'Etiennus furetèrent de visage en visage à la recherche de soutien durant le court silence qui suivit.
- Eh bien... débuta Timothée, on nous attendait chez nous, et donc on est venu pour te prévenir...
Le regard de Vicky s'arrêta soudain sur une tache rouge et luisante dans un coin du salon.
- C'est quoi ça? demanda-t-elle en accompagnant ses paroles d'un sec petit coup de tête vers la flaque.
Thomas fit un pas de côté pour dévoiler le corps sans vie du tueur qui devait s'occuper de Victoria, la tête explosée au sol par une lourde coupe en argent sur laquelle était gravée une petite danseuse en tutu au bout d'un trapèze, à présent à demi recouverte de cervelle dégoulinante.
Vicky poussa un cri d'horreur si perçant que les agents durent se plaquer les mains sur les tempes:
- Vous avez sali mon trophée!!!
Le groupe fut soudain plus détendu. Le corps fut transporté et Etienne le bourra à grands coups d'épaule dans le petit congelo de Victoria, après l'avoir débarrassé des épinards surgelés y étant stockés en grandes quantités. Romain lava la coupe avec du dreft, apparemment bien entraîné à faire la vaisselle suite aux quelques fêtes bien crapuleuses organisées chez lui durant sa tendre adolescence.
- Bon, on a fait tout ce qui nous retenait ici, déclara Antonio. Maintenant, Spa, les gars! Kwiki!
- Spa! Mais ça pue Spa! se plaignit Victoria.
- Mais non! Y a des bains!
- Et un casino, ajouta Thomas, un petit sourire rêveur aux lèvres.
- Et puis c'est les Francofolies pour le moment! firent Alex et Romain en c½ur, trépignant d'excitation.
Victoria finit par céder et partit avec le groupe des agents lorsqu'elle eut rassemblé quelques vêtements dans un bagage à main. Elle ne prévint pas directement ses supérieurs, mais comptait bien le faire avant le lendemain soir.
Le voyage devait s'effectuer à bord de deux fourgonnettes que Thomas gardait dans son garage, et qui à présent stationnait discrètement au beau milieu de la rue où vivait Victoria, mal garées et sans ticket de stationnement. Les agents quittèrent l'appartement et descendirent les escaliers, Romain tenant la main à Etienne qui titubait et lâchait de virulents "Crapoute!", auxquels Tim faisait écho. Ils embarquèrent à bord des deux véhicules, et mirent le cap sur la ville de Spa où leur plan d'action se peaufinerait, et où de nombreuses informations sur la fallacieuse personne de Bräunstein seraient découvertes et expliquées.
Romain était au volant de la première fourgonnette, accompagné d'Alexandre, de Timothée, d'Agathe, d'Etienne et de Thomas. Le plan était foireux: un violent débat débuta dès la première minute pour savoir quelle musique on écouterait. Alex tenait à tout prix à ses mecs tapant sur des bidons, mais Romain était crevé et proposa du Cabrel. Ce fut alors que Tim explosa, déclarant (avec la véhémence que nous lui connaissons) que Cabrel était déjà démodé en 2009, et qu'il était donc honteux de mentionner son nom en 2031. Rom avança l'argument de la poésie des paroles, mais fut violement refoulé par le trio Agathe, Thomas, Alex, avant qu'Arashi ne se fasse persécuter à son tour. Thomas cassa Alexandre un certain nombre de fois, et le poussa une fois encore à entamer une grève de la faim. Etienne avait la tronche collée au carreau et dessinait des bites dans sa buée, lâchant de violents "Crapoute!" auxquels Agathe réagissait par la violence. Alex se mit soudain à faire du head banging alors que Tim introduisait subversivement un cd de Razorligth dans le lecteur audio. Agathe proposa du Simon & Garfunkel, mais ses mots se perdirent dans la cacophonie chaotique enrobant l'appareil: "All my life... Nan! putain! Tim pas Razor...CRAPOUTE! ...living in America... et si on mettait du Simon &... NON! oh oh oh OH! living in America... putain Eti: la vitre est couverte de bites! CRAPOUTE!"
Romain faillit faire trois accidents, dont un lorsqu'Etienne lui mit les mains devant les yeux en lui hurlant dans les oreilles son habituel slogan; mais les agents parvinrent au final à bon port quelques heures plus tard, et découvrirent la second résidence d'Etiennus, où se dérouleraient de bien sombres affaires...
La suite dans le Chapitre 21: Le Seigneur des Lamas


# Posted on Thursday, 24 September 2009 at 4:39 PM

Edited on Tuesday, 27 October 2009 at 7:44 AM

Chapitre 19 : Le Roi et L'Echiquier

Copenhague, Danemark, 10h32 heure locale, 22/08/2031 :

Cette journée du vingt-deux serait chargée pour Frédéric Guyader, comme le lui faisait comprendre son secrétaire en lui énumérant les différents rendez-vous avec telle et telle personnalité, tel et tel maire ou homme politique, à onze heures quart, à treize heures dix, entrecoupés d'une révision de sa campagne, d'un repas avec un représentant, de midi dix à une heure, puis séance photos à quinze heures pour finir par une petite soirée pleine de snobs chiants chez l'ambassadeur des Etats-Unis.
- Oh! bordel de merde!
Le candidat à la chancellerie européenne venait d'arriver sur son lieu de travail et était déjà poursuivi dans le couloir menant à son bureau par son secrétaire, un agenda de cinq tonnes entre les mains.
- Je suis désolé, monsieur, mais tous ces meetings sont d'une extrême importance pour...
- Mais ta gueule, je sais! Bon, allez, envoie la sauce, puisqu'il le faut!
- Rendez-vous dans cinq minutes avec Daniel Ferry, monsieur.
- Oh! non! Pas ce connard!
- Si. Je vous rappelle que c'est lui qui vous a poussé jusqu'à votre premier poste politique: vous devez lui témoigner un grand respect, sans quoi votre image pourrait être corrodée et...
- Je sais, Driss, je sais... Bon, foutez-moi la paix cinq minutes, déclara Frédéric en claquant la porte de son bureau derrière lui.
Le candidat à la chancellerie n'avait pas lésiné sur les moyens lors de l'aménagement de son cabinet personnel, deux ans auparavant: face à une gigantesque baie vitrée légèrement arquée et surplombant l'océan urbain de Copenhague, se trouvait un faible promontoire de marbre noir et brillant, surélevé par quatre volées de marches qui se rejoignaient en un petit plateau de trois mètres sur cinq, et dont le centre était occupé par un imposant bureau, lui aussi taillé en cercle dans le marbre le plus fin. Au devant de cette table de roc noir, au bas des quelques marches, s'élançait un petit sentier de dalles grises vulgairement taillées, bordé de deux bassins triangulaires où poussait le bambou et nageaient de beaux poissons blancs, et au travers duquel filtrait l'eau d'une petite cascade artificielle. En suivant l'angle des bassins se dressait une série de colonnes de métal légèrement penchées vers l'extérieur, soutenant le plafond voûté, et le long desquelles poussait un lierre au vert délicat. Les murs, peints en noir et inclinés, eux, vers l'intérieur, étaient à demi lambrissés de plaques d'acier gravée par l'artiste à la mode de Paris. La gigantesque salle dégageait une impression d'harmonie, mais semblait toutefois démesurée en proportion du rôle qu'un honnête homme politique se doit de jouer en symbolisant l'équité pour tous les citoyens. Mais Frédéric n'était pas un honnête homme politique, ne l'avait jamais été et ne le deviendrait jamais. Il avait d'ailleurs généreusement puisé dans les fonds publics pour pouvoir s'offrir son petit bureau selon ses goûts personnels...
- Bordel! je hais la vie! hurla-t-il d'une voix éraillée et encore aigüe, en levant les bras au ciel et en crispant les doigts.
Il sautilla de dalle en dalle jusqu'à son promontoire et alla se percher en son sommet, dans son immense fauteuil de boss. Il fit quelques tours sur lui-même en sifflant faux, mais fut soudain interrompu par la sonnerie du téléphone trônant sur son bureau. Il décrocha prestement:
- Putain, Driss! Tu m'les casses!
- Veuillez m'excuser, monsieur, mais Herr Bräunstein désirerait pouvoir s'entretenir en privé avec vous le plus vite possible. Il est arrivé à Copenhague ce matin et dit qu'il s'agit d'une urgence. Quel rendez-vous dois-je faire sauter?
- Annule la séance photo, Driss. Et dis lui de bien préparer ses arguments!
- Oui, monsieur.
La matinée fut aussi longue et ennuyeuse que prévu. Daniel Ferry lui parla de son nouveau projet architectural à Copenhague, en lui demandant de l'argent de manière implicite; le maire de la ville vint lui rendre visite pour acheter son amitié au cas où il serait élu chancelier; la révision de campagne ne fut qu'un interminable et inutile briefing, semblable en tous points avec les deux précédents, et puis son déjeuner avec le représentant commercial fut non seulement dégueulasse, mais à ses frais! Ce ne fut qu'à partir de trois heures de l'après-midi que les choses devinrent intéressantes, lorsque William Bräunstein entra dans son bureau.
- Asseyez-vous, William, je vous en prie.
Le grand homme grisonnant traversa la sale à grands pas sur le petit sentier gris, puis escalada les quelques marches avant de s'asseoir dans un haut fauteuil de cuir, dont le confort n'apaisa toutefois pas son inquiétude.
- Vous revenez donc tout droit du Congo, mon cher ami, lui demanda Frédéric de sa voix comme enrouée? Le voyage a-t-il été agréable?
- Oui, monsieur, très, répondit le trafiquant, dont les doigts tambourinaient involontairement sur les accoudoirs.
- Oh! Mon Dieu, William! Appelle-moi Fred, depuis le temps qu'on se connait! Tutoyons-nous, d'ailleurs! Alors? Que me vaut l'honneur de ton agréable visite?
- Vous... tu le sais bien, Fred. Je veux l'argent.
Silence.
- Et, dis-moi... pourquoi te donnerai-je mon argent suite à un travail aussi bâclé que celui que tu as effectué en Afrique?
- Parce que, bien que le plan ne se soit pas déroulé comme nous l'avions prévu au départ, nous sommes tout de même parvenus aux résultats escomptés. Vous savez bien cela.
- Ecoute, William: ceux que tu as engagés sont toujours en vie. Ils menacent tout le plan. Cette Agathe G. est introuvable; rien ne nous prouve que les autres n'ont pas survécu à la bataille de Zambie. Ces gars représentent un réel danger pour ma carrière comme pour la tienne, et ils ne lâcheront pas prise avant d'avoir mit le grappin sur ta personne. Tu parleras, crois-moi, et tu les mèneras jusqu'à moi. Alors tant que ces tueurs à gage seront toujours en vie, tu peux te carrer tes millions dans le cul! Est-ce que c'est clair?
L'Allemand pâlit soudain, et ses ongles se plantèrent dans les accoudoirs de cuir
- Leur mort était comprise dans le tarif, je te le rappelle, continua Frédéric en se calmant. Et nous aurons de très sérieuses emmerdes si Agathe G. est capturée par les services américains. La mort d'Ernest Glay ne doit pas retomber sur les épaules de l'UE, et encore moins sur les miennes. C'est pas pour te mettre des bâtons dans les roues que je fais ça, Willy, mais les élections sont dans deux mois encore, et je ne peux pas faire la moindre gaffe jusque là...
- Ce plan était pure folie, murmura Bräunstein...
- L'Histoire est forgée par la folie, Willy, s'exclama Frédéric, une lueur meurtrière pétillant au fond de ses yeux mi-clos, un grand sourire étirant ses lèvres desséchées! Mais je reconnais qu'il fallait être particulièrement taré pour inventer un plan comme le mien... Et tout ça pour... Mais laissons ça, Will. Je ne reviendrai pas sur ma position. Désires-tu un whisky?
- Non, merci. Je me sens vieillir lentement, et ma face est trop rouge ces dernier temps. J'arrête l'alcool.
- Tu es surtout méfiant, William...
Frédéric se servit un verre après avoir sortit une petite bouteille rectangulaire du frigo intégré à son bureau, et y jeta quelques glaçons qui craquelèrent dans le liquide ambré aux éclats ocres.
- Je n'ai reçu ton rapport qu'hier, dit Frédéric. La situation au Congo n'est pas si évidente que ça, mais si mes calculs se révèlent être justes, et si je parviens à influencer les décisions européennes, l'AE interviendra dans le nord africain. Mais tu as merdé, Will. C'est le hasard qui t'a sauvé.
- Je sais, je sais... Mais ce travail est plein d'imprévus, et jusqu'à preuve du contraire, je suis quand même le trente-deuxième homme le plus puissant au monde...
- Pas de menaces, Will! Si je gagne ces élections, ce qui sera le cas quoiqu'il advienne, je deviendrai le troisième homme le plus puissant au monde... Alors pas de menaces! Tout ce que tu fais ici reste dans tes propres intérêts, tu le sais bien... Je veux que tu envoies tes hommes, Thierry Florin, Gordon Alexis, Denis Jordan et Stephen Coller, plus quelques autres s'ils en ont besoin, pour qu'ils me retrouvent ces agents et me les éliminent une bonne fois pour toutes. La priorité reste à celle qui a abattu E.Glay, mais je veux aussi que tu me dégomme cette belge qui travaille pour les services secrets et qui te colle au cul depuis le début. Elle devient bien trop dangereuse aussi...
Le roulis de la cascade se perpétua au travers d'un silence de plomb.
- Nous n'avons plus rien à nous dire. Je te payerai lorsque ces tueurs à gages seront morts. Elimine-les.
Herr Bräunstein se releva sans le moindre mot et quitta l'harmonie corrompue de la voûte par le sentier emprunté pour venir, entre les bancs de poissons aux écailles blanches et luisantes, parmi les bambous. Le claquement de ses semelles laissa longtemps son écho entre les colonnes d'acier.
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Bruxelles, Belgique, 16h20 heure locale, 22/08/2031 :

Les agents avaient été rapatriés dans le fier et beau pays qu'est la Belgique.
Lorsque Marco s'était réveillé de sa petite léthargie forcée, deux jours auparavant, en plein c½ur du voyage en jeep, ses amis avaient dû s'y mettre à cinq pour maîtriser son accès de rage, et finirent par lui injecter des calmants dans le cou. Victoria n'eut pas meilleur caractère et, la patience d'Agathe une fois poussée à bout, reçut un second choc à l'arrière du crâne qui prolongea son sommeil.
La journée du vingt s'acheva sans que rien ne se profile à l'horizon toujours semblable de la savane où se couchait le soleil en enflammant les herbages et les cieux. Les amis allèrent dormir sans avoir mangé, et le deuil incertain de Barra les plongea tous dans un profond mutisme. Agathe leur lut son haïku, mais se prit un vent monstrueux, suivit de peu par les ronflements de Valérian. N'ayant presque pas dormi au cours des cinquante dernières heures, leur sommeil empiéta grandement sur la matinée de voyage.
Ce ne fut qu'au milieu de l'après-midi du vingt-et-un que les agents purent enfin appeler un hélicoptère militaire, alors qu'une rencontre impromptue avec les premiers renforts terrestres en provenance de Mongu leur permit d'accéder à une radio en état de fonctionnement. Marco dormait encore, mais Victoria, remise des chocs successifs, semblait s'être fait à l'idée de revoir sa nation après plus d'un mois d'exil. On leur envoya donc un hélico qui rapatria les officiers et les agents jusqu'à l'aéroport militaire de Kasama, en quelques heures.
Ils prirent l'avion au matin du vingt-deux, se mêlant à une escouade de soldats de l'ONU retournant en Europe pour leur pause de service trimestrielle, et arrivèrent donc à Bruxelles à quatre heures vingt de l'après-midi. Ils atterrirent dans l'aéroport de l'OTAN, au nord de la ville, où ils eurent tous l'occasion de se laver de la tête aux pieds et purent revêtir des ensembles propres.
- Aaaah! Putain! une bonne douche y a quand même rien de tel, jouit Ricardo en se frottant énergiquement les aisselles!
Marco était en salle de soins où l'on s'occupait de sa jambe blessée, tandis que le groupe des agents s'était rendu dans les douches communes pour se débarrasser de la crasse. Valérian avait bien entendu fait chier le monde pendant une demi-heure en disant que les douches communes c'était dégueu, qu'on allait les prendre pour des gays, etc. avant d'enfin fermer sa gueule pour aller se laver virilement sans se sentir obligé de pousser un petit cri de dégoût à la vue du moindre zizi. Victoria et Agathe s'en étaient allées dans les salles de bain individuelles réservées aux supérieurs.
- C'était une sacrée aventure, les gars! déclara Etienne dans l'épais nuage de vapeur d'eau. On peut dire qu'on a fait pété la baraque! On a frôlé la mort et combattu comme des dieux!
- Ouais, je crois que c'est la première fois qu'on s'est autant amusé en mission, dit Thomas qui shampooinait ses cheveux roux collés par la crasse et la sueur. J'ai bien morflé, mais c'était fun. Ce pédé de tueur m'aura quand même bien niqué la gueule...
- C'est clair que ta facture de chirurgie esthétique risque d'être salée, dit Valérian en souriant, car l'animosité qui régnait entre ces deux glands ne s'était pas dissipée avec les années.
- Mais deux questions restent encore sans réponse, dit Khang.
- Lesquelles, demanda Arthur?
- La première est qu'est-il advenu de Jimmy Parton, de sa famille, et de cette fameuse loi contre le trafic d'armes?
- J'ai lu le journal dans l'avion, déclara Alexandre qui tentait de ne pas mouiller son plâtre. La loi a été adoptée, mais de toute façon quelle importance maintenant que la guerre est déclarée? Quant à Parton, après avoir affirmé aux Trois Jours que la situation militaire mondiale était stable, effaçant ainsi toute trace de notre petite visite amicale pour prendre le thé à Little Castle, à son retour aux USA, quelqu'un semble s'être efforcé à faire crouler sa réputation: une dizaine d'affaires de corruption, de pots-de-vin et de prostitution ont soudain revu le jour, et le représentant a prit pour quinze ans de prison ferme. Etrange, non? Ils ne parlaient pas de sa famille dans l'article, mais quelle importance? Parton n'est qu'un pion qu'on a tenté d'éliminer, tout comme nous. Quelque chose de tellement grand que ça nous dépasse s'est déroulé sous nos yeux, et je me dit que rien n'est encore terminé...
- C'est ce que je pense aussi, affirma Khang, le visage emprunt d'une mine soucieuse. Nous ne sommes pas parvenus à peser l'entière conséquence de ce que nous avons fait lors de cette mission...
- Le plus probable, dit Romain, est que malgré le fait que nous ayons tenté de couler Bräunstein, la partie majeure de son plan était de faire parvenir l'Arme à Gabamdo. Les Trois Jours de Discussion n'étaient qu'un élément mineur ayant pour but de nous diviser.
- Et à quelle conclusion cela nous mène-t-il, demanda Andréas?
- Et ben c'est tout con, dit Timothée: si Bräunstein savait que la corruption de Parton et des représentants européens finirait en eau-de-boudin de toute façon, ça veut dire que Bräunstein lui-même n'est qu'un pion, mais qu'il ne travaille pas pour Gabamdo directement, et que ce dictateur africain n'est lui aussi qu'un pion sur un échiquier bien plus grand!
- Exactement! confirma Romain; et il nous reste encore à trouver le véritable roi dans cette partie d'échecs qui se joue.
- Donc rien n'est fini, demanda Arthur en soufflant?
- A mon avis, ce n'est que le début.
- Quelle est la deuxième question sans réponse, demanda Ricardo à Khang?
- Qui sont les hommes que Bräunstein nous a demandé de libérer à Little Castle, répondit-il?
- C'est vrai que c'est une bonne question, dit Riki... Nous ne savons absolument rien d'eux. Mais une chose est sûre, ils n'étaient pas enfermés à Little Castle par hasard. Je pense aussi qu'on peut affirmer qu'il s'agit d'hommes travaillant soit pour Gabamdo, soit pour Bräunstein, ou encore pour le fameux Roi de la partie.
- Et plus que probablement une combinaison des deux, ajouta Thomas.
- On peut déjà être sûr qu'ils sont d'origine anglaise, à entendre leur accent, déclara Valérian.
- Nous connaissons leur nom, dit Timothée. Avec ça je peux récolter assez d'informations sur mon réseau pour savoir la date de naissance du hamster de leur petite cousine côté maternel, donc ne nous inquiétons pas de ça pour l'instant. La véritable question est que faisons-nous à présent?
- C'est vrai que de ce point de vue là, on est un peu dans la merde, dit Antonio... Les services secrets belges savent à peu près tout sur nous, et, si ce que vous dites est vrai, quelqu'un va encore essayer de nous faire la peau d'ici peu...
- Ecoutez, déclara Etienne, je suis sensé être mort depuis que Bräunstein m'a fait disparaître il y a quelques temps, alors que je perturbais l'organisation de son trafic. Personne ne se doute que j'ai rejoint vos rangs et même que je suis encore en vie. Or, je possède une magnifique petite maison dans les Fagnes, à quelques kilomètres de Spa. Personne ne se doutera jamais que nous nous cachons là. Ça serait un parfait quartier général en attendant que nous puissions agir, le temps de rassembler suffisamment d'infos...
- Espérons que l'état n'ai pas mit la main sur tes terres en tout cas, dit Antonio. Mais personnellement, je suis d'accord avec ce plan...
- Moi aussi, dit Valérian. Mais, pour vous, il reste quelques détails à régler à Bruxelles avant de disparaître, si je ne me trompe...
- Ouais, dit Marc, on doit détruire les informations à notre bureau au centre, et puis... bouter le feu à l'appart de Barra. Et je pense qu'on a tous du matos à récupérer dans nos appartements respectifs?
- Oui, c'est plus ou moins tout, confirma Thomas. Mais il reste encore un point qui n'est pas détail que nous devons régler: que faisons-nous d'Agathe?
- Elle doit rejoindre nos rangs, avança Alexandre après un silence de quelques secondes. Quelques chose me dit qu'elle a un rôle important à jouer dans cette histoire...
Les agents approuvèrent à l'unanimité, et la discussion continua sur des thèmes plus légers. Jusqu'à l'instant où Arthur prit la parole:
- Les gars, je ne supporte plus cette vie... Cette mission était la dernière pour moi. Ça fait déjà longtemps que j'ai pris cette décision, et... je pars au Maroc dès demain. Je vous laisse, je plaque tout. J'ai assez de blé pour passer le restant de mes jours à glander sur une plage, et je me fous de savoir qui est le Roi de l'Echiquier... Voilà, c'est dit. Je pars ce soir...
Le reste du groupe n'eut aucune réaction, mais un silence que ne troublait que le fracassement des gouttes sur le carrelage s'installa.
Lorsque le groupe quitta les douches et sortit vêtu d'accoutrements sans tâches de sang, Agathe les attendait dans le couloir:
- Eh ben vous êtes encore plus lents que des gonzesses devant leur miroir!
- Nous discutions, Agato, lui répondit Romain.
Après avoir dépassé les grillages barbelés encerclant les bâtiments de l'OTAN, Arthur prit le bus pour Zaventem après avoir serré ses amis un à un dans les bras. Victoria partit de son côté, et refusa de leur communiquer sa destination pour des raisons de sécurité. Marco resta encore deux jours à l'hôpital militaire avant de pouvoir rentrer chez lui. Il pensait ne plus jamais revoir les agents, mais le destin devrait très bientôt les unir à nouveau. Le reste du groupe, auquel s'était joint Agathe, prit le bus en direction du Centre-ville et s'arrêtèrent à la Gare Centrale. De là, ils marchèrent quelques minutes en direction de la Grande Place, et réservèrent quelques chambres dans l'hôtel Novotel dans lequel la tradition voulait qu'ils allassent pisser gratuitement lors de leurs soirées de beuverie.
Le lendemain, les agents quitteraient la capitale de l'Europe après avoir effacé toute trace de leur existence dans cet univers.
La suite dans le Chapitre 20 : Glasgow Kiss et Bouddha

# Posted on Wednesday, 16 September 2009 at 7:39 AM

Edited on Thursday, 24 September 2009 at 1:46 PM

Chapitre 18 : Désertion

Proximité: Kitwe, Zambie, 06h00 heure locale, 20/08/2031 :

La savane au pied du soleil. Le vol des charognards. La plaine indolente, où tout s'en va au ralenti, est couverte d'une nappe de fumée que les reflets font paraître illusion. Le silence dissipe la brume. Sur plusieurs kilomètres carrés, une plaie noire déchire les herbages. Les vautours poussent leur cri.
La bataille avait fait rage toute la nuit avant que les deux camps ne se séparent enfin aux premières lueurs du jour, laissant derrière eux un charnier innommable où cendre et sang se mêlaient en une boue infâme. Les corps s'amoncelaient par centaines, déjà recouverts de mouches et bectés par les charognards. Quelques chacals rôdaient entre les corps, la gueule ensanglantée. La pluie de grenades qui n'avait cessé de toute la nuit laissait à présent la plaine creusée de cratères aux tailles variables, autour desquels l'herbe était roussie et encore fumante. Armes de fortune et machettes traînaient à terre de façon éparse; lances et javelots hérissaient le champ de bataille, plantés dans le sol ou dans les corps froids aux muscles crispés, rendant l'étendue herbeuse comparable au dos d'un immense porc-épic. De temps à autres retentissait au loin le cri d'un blessé abandonné lors de la retraite, se débattant contre les vautours l'assaillant. Le temps paraissait s'être arrêté sur cette plaine où tout ce qui distingue l'homme de l'animal avait disparu en quelques heures.
Les troupes des forces alliées s'étaient rabattues sur le petit village où s'étaient rendues Agathe et Victoria la veille afin de prévenir Kasama de l'attaque, et on soignait les blessés qui avaient pu être transportés jusqu'au retranchement. L'infirmerie avait été établie dans l'église de la bourgade où retentissaient à présent les plaintes des combattants meurtris, dont l'écho était transporté entre les colonnes et réfléchi par les petits vitraux colorés par l'aube. Victoria et Agathe, qui toutes deux avaient étudié la médecine, s'activaient en tous sens, nettoyant plaies infectées, recousant blessures et redressant du mieux qu'elles le pouvaient les membres brisés. On ne cessait de nettoyer pansement sur pansement, imbibés de sang à une vitesse ahurissante.
Les agents eux aussi se trouvaient dans l'hôpital, certains aidant, d'autres se remettant de leurs blessures: Ricardo avait été heurté de plein fouet par une pierre et avait l'épaule déboîtée, Alexandre s'était cassé le bras gauche et Marco avait eu la jambe traversée de part en part par un javelot qu'on avait mit plusieurs minutes à extraire. Thomas et Khang amputaient la jambe gangrénée d'un de leurs guerriers tandis que Timothée et Marc lavaient les pansements et dépouillaient les maisons du peu d'alcool qu'elles pouvaient contenir. Le manque de matériel médical se faisait cruellement ressentir.
Mais l'état des agents blessés n'était pas la chose inquiétant le plus les amis sur place: Barra, Valérian et Romain n'avaient pas suivi la retraite et manquaient encore à l'appel.
Le village n'était qu'un empilement de cases aux murs d'argile et de torchis, dont les toits en taules de zinc, lestées de lourdes pierres, donnaient l'impression d'une profonde misère. La population avait été évacuée dès l'arrivée des troupes, et un tour de garde avait été instauré, dispersant les vigiles sur les toits et aux bordures du hameau. Tandis que d'autres s'acharnaient encore une fois à l'érection de nouvelles structures défensives, la plupart des hommes dormaient dans les cases, adossés aux murs, ou gisant dans les rues, récupérant de la nuit de combat tout en sachant parfaitement que l'heure, très bientôt, serait à nouveau à la lutte. On extirpait l'eau de l'unique puits du village et les seaux circulaient dans les rangs. D'autres allaient remplir leur gourde dans les réservoirs en aluminium servant d'auges aux pièces de bétail efflanquées, uniques possessions du miséreux bourg. La nourriture faisait défaut et les quelques réserves emportées lors de la fuite s'étaient consumées en une demi-heure, laissant encore toutefois plus de la moitié des effectifs le ventre creux.
Mais tous ces manques humanitaires et ces nombreux blessés n'étaient pas ce qui causerait la perte de la Zambie. La raison pour laquelle ces troupes luttant contre l'UA n'avaient aucune perspective de victoire était que, après avoir combattu munis de pioches, de piques et d'outils divers, lorsque le général Temprano sonnait la retraite à la fin de la nuit, rares étaient les soldats ayant eu l'audace et temps d'aller récupérer leur arme à feu. Et le fait était que l'armée se trouvait à présent sans le moindre armement moderne, que l'Arme avaient probablement été désactivée et qu'ils devraient certainement faire face, d'ici quelques instants, à la véritable armée de Gabamdo, dans laquelle était injectés vingt pourcents des revenus sur les ressources de l'UA.
On avait à présent fait tout le possible pour les blessés. Le groupe d'amis s'était rassemblé dans le fond de l'église, aux côtés de Marco, Alexandre et Ricardo, qui se remettaient de leurs blessures. Un silence de mort planait. Tous étaient assis sur les dalles froides, adossés aux colonnades, ne sachant quoi faire et attendant que quelque chose se passe pour prendre une décision. Une discussion débuta toutefois, déclenchée d'une voix rauque par Alexandre:
- Combien de pertes?
- Au moins onze mille, répondit Khang. Il nous reste environ douze mille hommes, en comptant les blessés.
- Et ça ne m'étonnerait pas qu'on soit plus qu'à dix mille d'ici une heure, ajouta Agathe sur un ton dépourvu d'émotion; à voir le nombre de ceux qui désertent... et l'état des blessés.
- C'est une défaite, soupira Marco. Gabamdo n'a dû perdre qu'entre cinq et six mille de ses guerriers. Ils étaient trop bien armés...
- Il faut prendre une décision, dit Timothée d'un ton étrangement résolu; attendre plus risque de nous coûter la vie.
- Il faut attendre Valérian, Barra et Romain, dit Antonio. On ne peut pas les abandonner.
- Rien ne nous prouve qu'ils soient encore en vie, intervint Ricardo. On ne pourra pas les attendre indéfiniment. Le plus probable est même qu'ils soient morts...
- Mais arrêtes avec tes conneries, s'échauffa Antonio! Si ma burne droite de Romain était morte je le saurais, bordel! Mon feeling me dit qu'il va bientôt arriver...
A peine Antonio eut-il terminé cette phrase que les battants de la porte s'ouvrirent à la volée pour laisser place à deux individus noirs de poussière, à l'uniforme imbibé de sang et aux cheveux ébouriffés qui pénétrèrent dans la chapelle en titubant, avec chacun au côté un long sabre japonais. Ils se dirigèrent vers leurs amis en riant aux éclats, bras dessus bras dessous, et se laissèrent tomber sur les dalles à leur côté. Valérian et Romain arboraient tous deux un immense sourire éclairant leur face noircie. Leurs yeux étaient nimbés d'épaisses cernes violacées et striés de capillaires sanguins éclatés, mais pétillaient de joie et de contentement. Les deux hommes encore à pieds nus portaient un uniforme constellé de gouttelettes de sang et à maints endroits déchiré.
- L'Arme n'est plus en marche, annonça Valérian une fois assis. On est revenu en tank et toutes les mitrailleuses de la base fonctionnent à nouveau.
- On a embarqué tout ce qu'on a pu dans le véhicule, ajouta Romain; y a de quoi armer deux cents hommes.
- Mais putain! Tu m'as foutu les boules, ma burne! dit Antonio en prenant son frère dans les bras. Salopiaud! Petite couille! Ta mère la juge!
- C'était pour me venger de la fois où j'ai flippé pendant toute la cinquième en pensant que t'allais doubler comme une quiche! T'es vraiment mon frère!
Les deux agents, sous le regard consterné et méprisant du reste du groupe, se lancèrent soudain dans un trip flanipuche. Ils s'explosèrent l'épaule, dansèrent la tectonique et poussèrent quelques "wakawak" stridents dans la maison de Dieu avant de tomber dans les bras l'un de l'autre et de verser une petite larme d'émotion. -T'es ma burne.
- C'est pas que je veux vous interrompre, dit Khang, mais si on ne fait rien, Gabamdo va venir nous écraser d'ici quelques minutes, et personnellement je tiens à la vie...
- J'ai un plan, annonça Valérian! On distribue les armes aux deux cents hommes qui suivront le blindé au pas de course, et nous reprenons le contrôle du champ de bataille afin de réarmer nos troupes.
- Rien n'est pire que l'inaction, dit Ricardo. Faisons ça!
Le groupe se releva comme un seul homme et se dirigea vers la porte de l'église.
- Mais, coupa Thomas, où est Barra?
- On ne peut plus l'attendre, dit Arthur en baissant la tête. Espérons qu'il soit encore en vie.
On arma donc les deux cents guerriers et Valérian prit les commandes du blindé. Riki se hissa sur le toit de celui-ci afin d'avoir accès à la mitrailleuse de la sentinelle, puis l'armée se mit lentement en marche
Trois cents soldats, parmi lesquels se trouvaient éparpillés les agents, se lancèrent dans la plaine en direction du champ de bataille. Tous étaient équipés d'arme à feu, Marco ayant rassemblé les hommes qui avait récupéré leur arme après la bataille. Le char soulevait la terre et abattait les hautes herbes sur son passage. Les agents seraient parmi les seuls à survivre à cet acte de témérité.
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Le plan de Gabamdo fonctionnait à merveille. Les troupes alliées contre son empire avaient été défaites et mises en déroute. Un pourcentage important de l'aviation adverse avait été éliminé, et il ne restait plus qu'à effectuer la seconde partie de l'opération: prendre Kitwe. A peine lui annonça-t-on, au c½ur de la nuit, que la base adverse était tombée, qu'il ordonna de désactiver l'Arme et lança son aviation sur la ville. La seconde partie de ses troupes s'empara de blindés qui coupèrent droit au travers des plaines. Nous avions affaire à une Blitzkrieg africaine. Mais Gabamdo n'avait pas prévu dans ses plans que les villes de Mongu et de Kasama seraient si vite averties: à peine ses avions eurent-ils lancé les premières bombes sur les toits de Kitwe que l'aviation alliée intervint dans la défense de la ville. Les appareils tombèrent par dizaines, cette nuit, dans les rue de Kitwe, et la bataille aérienne se perpétua durant des jours encore.
Kitwe n'était défendue que par quelques garnisons mal averties du danger. La ville fut prise en quelques heures par les forces terrestres du dictateur africain. Mongu et Kasama déversèrent les leurs, mais rien ne put être fait avant cinq jours. Les évènements firent la une de tous les journaux du monde. Les spécificités de cette bataille hors du commun furent débattues par des milliers de spécialistes militaires, occupèrent les informations télévisées pendant plus d'une semaine avant que le peuple ne se lasse de cette guerre qui n'avançait pas et ne zappe vers l'île de la tentation et la star académie.
L'Europe filtra bien entendu toutes les informations susceptibles de menacer sa suprématie. Les média européens et américains entrèrent encore une fois en contradiction, mais l'UE, comme l'avait prévu Marco, arriva sur un terrain d'entente avec la Chine: les dégâts essuyés par l'industrie chinoise durant la guerre contre l'UA seraient remboursés.
Bien que l'UA faillit donc envahir la totalité de la Zambie après une semaine de conflit, l'AE dévoila vite sa véritable puissance, ce pacte avec les chinois une fois scellé: l'Europe attaqua par le nord, via les membres maghrébin de l'UE, et prit les terres du dictateur africain entre deux feux, divisant ainsi ses forces.
Les hommes de l'Union Européenne furent accueillis en sauveurs tandis qu'ils traversaient une à une les villes de l'UA. Ils distribuaient des vivres à la population affamée et soignaient les malades sur leur chemin. Ce fut ainsi que débuta le soulèvement des citoyens en Afrique: les troupes de Gabamdo étaient chassées des villes par la force et la violence inimaginable résidant dans le peuple, ce qui facilita grandement l'invasion de l'UA à l'Armée Européenne. De plus en plus nombreuses devinrent les garnisons de Gabamdo qui déposaient les armes afin de rejoindre les rangs européens.
Après deux mois de guerre, le régime dictatorial de Gabamdo serait définitivement renversé.
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Les agents et leurs troupes avaient quitté le village depuis à peine dix minutes lorsque la rumeur d'un appareil commença à se faire entendre dans la plaine, s'amplifiant à chaque seconde. Un mince avion noir se profila à l'horizon, suivit d'une tonitruante musique d'orage, et passa en sifflant au-dessus des trois cents guerriers progressant dans l'étendue herbeuse, couvrant jusqu'à la clameur du blindé que conduisait Valérian. Tous les soldats, dont les traits étaient tordus par la fatigue, levèrent les yeux au passage de l'avion de combat se dirigeant droit vers la bourgade qu'ils venaient de quitter. Deux sifflements aigus déchirèrent l'air à la suite d'une paire de missiles qui quittèrent l'avion à une vitesse hallucinante pour aller s'écraser en plein c½ur du hameau. Un éclat bleu aveugla les agents se trouvant un kilomètre et demi plus loin, et les maisons de torchis furent réduites à l'état de poussière avant même que la déflagration n'atteigne l'armée en marche, ne laissant du village qu'une étendue de pierres brûlantes comme des météores. Les plaques de zinc tordues et noircies retombèrent telles des feuilles d'automne sur la plaine, accompagnées de nuées d'étincelles et de quelques éclats de vitraux, avant que le silence ne reprenne son emprise sur les troupes tétanisées.
- Hâtez le pas! hurla le général Temprano. Nous sommes repérés!
La petite armée n'était plus qu'à quatre kilomètres de son objectif. Marco lança l'attaque une demi heure plus tard, lorsque les troupes ne se trouvaient plus qu'à cinq cents mètres du champ de bataille. Tout se déroula à une vitesse incroyable: les troupes se divisèrent en trois escouades dont la plus massive attaqua de front, tandis que les deux autres s'avançaient sur les flancs. Le champ de bataille était effectivement occupé par une centaine de guerriers de l'UA, occupé à recenser les morts, à récupérer les armes en état de fonctionnement et à saboter les blindés ainsi que les autres véhicules abandonnés. L'escouade centrale essuya les premiers tirs défensifs et chargea. Les hommes étaient dispersés et avançaient par saccades, se jetant ensuite à plat ventre pour lâcher une rafale, ou rampaient dans les hautes herbes. Valérian accéléra dans son tank et brisa la défense de quelques obus bien placés, avant de s'introduire dans le camp, aidé par Ricardo faisant le ménage du haut de sa sentinelle. Les escouades chargèrent sur les flancs, et les hommes de Gabamdo ne furent pas assez nombreux pour tenir la ligne de front. Dix minutes suffirent pour reprendre le contrôle du champ de bataille.
La première chose que firent les agents une fois assurés que tous les adversaires avaient été abattus, fut de rechercher le corps de Barra parmi les tentes calcinées. Ils fouillèrent les monticules de corps durant plus d'une demi-heure, sans succès, et perdirent tout espoir de revoir leur ami vivant. Le temps manquait. Ils n'avaient plus qu'à espérer que Barra ait survécu par miracle à la bataille. Ils ne pouvaient rester plus longtemps.
- Et on fait quoi maintenant, demanda Victoria, mitraillette au poing, aux amis rassemblés au centre de l'ancienne base calcinée?
- On trouve une radio en état de marche, et je fais parvenir un rapport à Kasama pour recevoir les ordres, annonça Marco.
- Je tiens à rappeler, dit Ricardo qui touillait dans entrailles d'un soldat mort de la pointe de son fusil, je tiens à rappeler qu'on est repéré par un chasseur qui vient de réduire un village en que dalle juste sous nos yeux. On doit pas traîner. Mon plan serait plutôt qu'on laisse les hommes ici déserter comme ils en ont tous envie, et nous, on s'empare de deux jeeps et on roule jusqu'à un endroit où on peut émettre paisiblement... On appelle un hélico et on se fait rapatrier en Belgique où nous vivons des jours tranquilles jusqu'à la fin de notre vie.
- C'est ce qu'on appelle déserter, et je m'y refuse en tant que général de cette armée, déclara Marco.
- Eh bien, dit Etienne, tu nous excuseras, mais nous, crever pour la patrie, ça nous fait pas trop bander quoi...
- Nous on était juste là pour avoir Bräunstein, dit Alexandre. Maintenant qu'on sait qu'il est plus question de l'arrêter ici, le mieux qu'on ait à faire c'est de retourner à Bruxelles. Gabamdo n'est pas notre problème personnel...
- Allez! On y va, lança Timothée en se retournant vers les rangées de véhicules stationnés non loin.
- Je reste ici, affirma Marco à nouveau.
Les agents esquissèrent un mouvement de départ.
- Moi aussi, je reste, dit Victoria. Les ordres ont été clairs, et je suis assermentée. Et, de plus...
Victoria ne put jamais achever cette phrase: elle fut comme violement secouée, et ses yeux se retournèrent dans leurs orbites avant qu'elle ne s'écroule dans la poussière. Derrière elle, Agathe tenait son revolver par le canon et avait un petit air coupable. Avant que Marco n'ait compris la situation, il reçu lui aussi un choc à l'arrière du crâne et tomba à son tour. Les agents observaient Agathe bras ballants et bouche grande ouverte.
- Beh quoi?! les interrogea-t-elle, la paume toujours contractée autour du canon.
Ses lèvres étaient resserrées l'une sur l'autre, son corps immobile, et ses yeux furetaient de visage en visage dans une parfaite expression de culpabilité typique chez elle:
- On n'allait quand même pas laisser ces deux cons crever pour l'Europe?! Merde, me regardez pas comme ça!
Les agents finirent donc comme prévu par s'emparer de deux jeeps, dans lesquelles ils chargèrent les officiers inconscients, et commencèrent leur séjour au travers de la savane après avoir annoncé à leurs guerriers qu'ils n'avaient plus qu'à se démerder pour rejoindre les troupes de Mongu.
Les agents avaient chargé de nombreux barils d'essence à bord des tout-terrains et écoutaient à présent "Civil War" à fond de balle suite au choix musical d'Alexandre. "I don't need your civil waAar!", beuglaient-ils en c½ur tout en agitant leur chevelure sale en tous sens. Agathe aurait bien proposé de mettre du Arashi, mais elle considéra ses maux d'estomac et se ravisa... Tous les agents avaient une barbe de quelques jours, mais celle d'Etienne et d'Alexandre était particulièrement protubérante, surmontée de plus de favoris broussailleux. Ricardo conduisait la première jeep et Marc la seconde. Les agents étaient à l'étroit, mais les banquettes latérales à l'arrière du véhicule leur laissaient tout de même une certaine liberté de mouvement. Pour passer le temps, Thomas et Tim débutèrent une partie de carte tandis qu'Agathe s'échina à écrire un haïku sur la savane en japonais, foirant ses kanjis à chaque tournant.
Quelques minutes après leur départ, l'avion de combat de l'AA survola à nouveau le champ de bataille, et un nouvel éclat bleu illumina les herbages.
La suite dans le Chapitre 19: Le Roi et l'Echiquier






# Posted on Saturday, 05 September 2009 at 1:15 PM